Après 277 ans sous l’eau, ce qui semble être l’épave d’un bateau colonial espagnol a été trouvée par des archéologues de Caroline du Nord. Son histoire est riche et sa découverte hasardeuse. Bienvenue sur La Fortuna.
Notre imaginaire collectif est peuplé de pirates criant « À l’abordage, moussaillon ! ». La pop culture aussi en est parsemée : Pirates des Caraïbes, Astérix et Obélix, One Piece… Mais ce que l’on oublie facilement, c’est que des pirates ont réellement existé à une époque pas si lointaine de la nôtre (et existent encore, mais sous d’autres formes).
C’est d’ailleurs une pièce bien tangible de leur existence qu’a retrouvé une équipe d’archéologues rattachée au programme d’études maritimes de l’Université de l’Université East Carolina : une épave d’environ 277 ans, appelée « La Fortuna ». Elle a été retrouvée en ce début du mois d’août 2025, sur le site historique de Brunswick Town/Fort Anderson, dans l’État de Caroline du Nord, aux États-Unis.
Jason Raupp, le professeur adjoint qui a dirigé l’équipe d’archéologues, a déclaré dans un communiqué de l’Université de East Carolina publié le 4 août : « Nous sommes extrêmement enthousiastes à propos de ces sites importants, car chacun d’entre eux nous aidera à mieux comprendre le rôle de BTFA [Brunswick Town/Fort Anderson], l’une des premières villes portuaires coloniales de l’État. »
S’agit-il bien de La Fortuna ? Il y a des indices
Alors, comment sait-on qu’il s’agit bien du bateau de La Fortuna ? Rien n’est absolument certain, il faudra d’autres investigations pour le confirmer, mais les archéologues se fondent sur un faisceau d’indices.
Les échantillons prélevés sur le bois de l’épave révèlent qu’ils sont issus de cyprès de Monterey (H. macrocarpa) ou de cyprès du Mexique (H. lusitanica). Au niveau géographique et historique, ces arbres se retrouvaient uniquement au sud de la Californie (donc à l’opposé de la Caroline du Nord) et en Amérique centrale. Le bateau a donc été construit avec du bois provenant des colonies espagnoles des Caraïbes au 18e siècle.

La seule épave espagnole rapportée dans la région à cette époque est La Fortuna. Par ailleurs, il se trouve que cette épave a été retrouvée toute proche de là où un canon du 18e siècle a été découvert en 1985. À l’époque, il avait aussi suggéré que ce canon appartenait à La Fortuna.
Retour au 18e siècle, pendant une bataille navale
Pour comprendre ce que représente cette épave, il faut revenir un peu en arrière, au 18e siècle donc.
Le site historique de Brunswick Town, situé dans l’État de Caroline du Nord, sur les bords du fleuve Cape Fear, est alors une colonie britannique et un centre économique et politique majeur de cette région. En 1748, alors qu’une guerre coloniale fait rage entre l’Espagne et l’Angleterre, il est attaqué par deux navires espagnols venant très probablement de Cuba (colonie espagnole à l’époque), La Fortuna et La Loretta.
L’Histoire raconte qu’au milieu de la bataille, des coups de feu, du chaos et de l’odeur de poudre, un incendie a éclaté sur le bateau de La Fortuna, provoquant l’explosion du bateau.
Le hasard de cette découverte
Souvent, les plus belles découvertes se font par hasard. C’est justement le cas de l’épave probable de La Fortuna.
« Mon compagnon de plongée, Evan Olinger, et moi mesurions la largeur du quai n° 4 pour délimiter le site. La visibilité est constamment faible sur la rivière Cape Fear. Evan a tenté de trouver la partie nord du quai, mais les conditions l’ont désorienté. Nous avons échangé les rôles, et la même chose m’est arrivée lors de ma tentative », raconte, dans le communiqué de l’université, Cory van Hees qui a participé à la découverte.
« Perdu, en cherchant la partie nord du quai, je suis tombé sur plusieurs cadres de bois qui dépassaient à peine de la vase argileuse, avec des traces de planches à peine visibles à la surface. Je ne comprenais pas ce que je voyais à ce moment-là, mais je savais que je devais signaler la structure en bois aux professeurs. Plus tard dans la journée, le Dr Jason Raupp a pu confirmer qu’il s’agissait d’une épave, qui pourrait être celle de La Fortuna. C’était assez bouleversant et une certaine émotion m’envahissait », ajoute-t-il.
En plus de La Fortuna, trois autres sites d’épaves ont été trouvés cet été par les étudiants-chercheurs.
L’érosion maritime menace les épaves et leurs trésors
Les sites historiques sous-marins sont cependant mis en danger par l’érosion du littoral. Le communiqué explique : « Les sites d’épaves et les caractéristiques coloniales du front de mer, auparavant recouverts par le marais protecteur, ont été retrouvés à découvert et érodés dans cette zone. »
L’équipe de chercheurs a recensé en urgence la documentation et la récupération de 40 bois d’épave de ce qu’ils pensent être La Fortuna. Bien que l’épave se soit effondrée sur elle-même, la chance veut que les bois soient relativement bien conservés, « certains portant des marques d’outils laissées par le charpentier naval historique », précise le communiqué.
« Malheureusement, ces épaves, ces infrastructures riveraines et ces artefacts sont menacés », détaille Jason Raupp. « L’érosion continue du littoral de BTFA, due au dragage récent des chenaux, à l’énergie dynamique des vagues et à des tempêtes de plus grande ampleur, a contribué à endommager considérablement le littoral naturel et historique de BTFA. »

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