Snake Eater, ou le « remake » de trop

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Remake a priori ambitieux de l’un des épisodes les plus appréciés de la saga d’infiltration créée par Hideo Kojima, Metal Gear Solid Delta: Snake Eater témoigne d’un respect et d’une fidélité un peu trop affirmés pour l’œuvre originale. En résulte une version visuellement rajeunie, mais terriblement vieillotte dans son gameplay. Notre test.

Je me souviens très bien du jour où j’ai joué à Metal Gear Sold 3: Snake Eater pour la première fois. Les conditions météorologiques y sont pour beaucoup : un épais manteau de neige avait recouvert l’endroit où je vivais. C’était un temps à ne pas savoir si les cours allaient être assurés une fois arrivé au lycée. Cela n’a pas coupé : après avoir bravé la tempête, les quelques courageux ayant atteint la destination ont appris qu’il fallait rentrer chez soi. Un demi-tour pénible ? Non, plutôt une opportunité devant cette journée libre. Mais Metal Gear Solid 3: Snake Eater venait de sortir — une saine coïncidence.

À quelques encablures de l’établissement scolaire se trouve, encore aujourd’hui, un hypermarché Auchan. Déjà grands fans de jeux vidéo, mon meilleur ami de l’époque et moi nous sommes alors rués dans le magasin, à pied, pour récupérer une copie de Metal Gear Solid 3: Snake Eater. Puis, nous avons marché pendant de longues minutes, dans la neige, pour rallier son domicile afin d’insérer ni une ni deux le disque dans la PlayStation 2. Nous sommes en 2005, et l’uppercut est total. Vingt ans plus tard, Konami propose un remake intitulé Metal Gear Delta: Snake Eater. Je pensais revivre une claque, et raviver ce que je considère comme une institution. J’aurais préféré conserver mes joyeux souvenirs, en dépit d’une météo bien plus clémente.

Metal Gear Solid Delta: Snake Eater est une déception immense

Le temps avait pourtant fait son office, en enlevant de mon esprit les griefs de Metal Gear Sold 3: Snake Eater. Il n’en avait conservé que ses plus grandes forces, de son histoire captivante, digne d’un vieux film d’espionnage au charisme de son casting, entre Snake (qui n’est pas le Snake des précédents opus) et The Boss (son mentor qui transperce l’écran), en passant par ses multiples références — au cinéma. J’avais même gardé en tête une bonne impression de son gameplay ajoutant des éléments de survie à l’infiltration chère à Hideo Kojima.

On soupire beaucoup en jouant à Metal Gear Delta: Snake Eater

J’ai naïvement pensé que Konami redorerait le blason de Metal Gear Solid 3: Snake Eater en lui offrant une cure de jouvence immense, dans la forme, grâce à l’Unreal Engine 5), comme dans le fond. Malheureusement, le retour à la réalité est douloureux, immensément douloureux même. L’éditeur nippon, sans doute par respect pour l’œuvre d’un homme avec qui la rupture a sonné comme un crève-cœur, a laissé un nombre incalculable d’éléments ayant pris un coup de vieux. On soupire beaucoup en jouant à Metal Gear Delta: Snake Eater, alors que l’extase avait atteint des sommets quelques années en arrière.

Metal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : Konami
Oui, vous pouvez zoomer sur les seins d’Eve. En 2025 // Source : Konami

Dans le déroulement (tant mieux), la structure (aïe) et le feeling (ouille), Metal Gear Delta: Snake Eater est grosso modo un copier/coller du jeu de 2005. Konami n’a pas cru bon nettoyer et modifier des choses susceptibles de poser problème ou qui auraient mérité des ajustements. On retrouve concrètement la possibilité de zoomer sur les seins pendant les cinématiques, les posters et revues sexy, les poses parfois ringardes des personnages, certains affrontements de boss (le papy sniper en tête), les environnements de cinq mètres carrés entrecoupés d’écran noir, la réalisation un peu trop tape-à-l’œil…

D’aucuns diraient que cela fait partie du charme. D’autres affirmeront que cette fidélité est un argument majuscule pour les fans. Le fan que je suis aurait préféré un Metal Gear Solid 3 chahuté, bouleversé, digéré et repensé pour en faire une œuvre digne de 2025 — à l’instar du vrai remake de Silent Hill 2. Non pas une expérience dans son jus qui laisse une impression étrange, celle d’être en face d’un livre aux pages bien entamées, presque difficiles à lire, avec une couverture refaite à neuf.

Metal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : KonamiMetal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : Konami
Metal Gear Solid Delta: Snake Eater regorge de combats au sommet // Source : Konami

Metal Gear Sold 3: Snake Eater a terriblement vieilli

Konami nous vend pourtant un nouveau schéma de contrôle moderne, sans doute dans le but de faire illusion (on peut choisir de jouer à l’ancienne, si on le souhaite). Sauf que cette option n’est pas 100 % convaincante. Certes, la possibilité de viser plus librement, y compris en vue à la troisième personne, ajoute de la souplesse à un jeu très rigide.

C’était sans compter les problèmes créés : le sentiment de flou et la manière dont est placée la caméra (d’origine chaotique), trop proche du héros, rendent certaines situations imprécises, voire à la limite du jouable. Par exemple, quand on s’allonge dans les hautes herbes pour se cacher, ce qui arrive souvent, on se retrouve le nez dans la végétation et on n’y voit plus rien. En 2025, et quand on parle d’un monument comme Metal Gear Solid 3: Snake Eater, c’est impardonnable.

Pour aller plus loin
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Les développeurs n’ont pas voulu toucher non plus à certains pans du gameplay qui font lever les yeux au ciel aujourd’hui. On pense à la nécessité de soigner soi-même ses blessures, en cliquant bêtement sur des objets dans un menu. Il y avait certainement la place pour remodeler ces phases où on joue au docteur. La gestion du camouflage, qui permet à Snake d’en changer à l’envi pour mieux se fondre dans le paysage, était révolutionnaire en 2005. En 2025, il apparaît daté, voire inutile.

On vous épargnera la nécessité de se nourrir en permanence pour faire remonter la jauge d’endurance, avec les bruits du ventre en cas de faim extrême et la chasse sans défi. En 2015, un certain Metal Gear Solid V: The Phantom Pain est sorti, et il met à l’amende tout ce que propose Metal Gear Delta: Snake Eater.

Metal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : KonamiMetal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : Konami
Le camouflage à la volée est toujours là // Source : Konami

Alors, bien sûr, la cure de jouvence est assurée par le moteur Unreal Engine 5. Le moteur graphique d’Epic Games permet quand même à Metal Gear Delta: Snake Eater de bénéficier d’un habillage à la hauteur, quoiqu’un tantinet artificiel. Plus fluide (quelques ralentissements à noter çà et là sur PS5 Pro), plus détaillé, plus beau, le jeu se paie un ravalement de façade qui fait du bien. Les personnages se paient un lifting qui souligne davantage la réussite de leur design incroyable.

Mais ces éloges ne font que creuser le contraste, pour ne pas dire le delta, entre ce qu’on voit et ce qu’on vit. Metal Gear Delta: Snake Eater tient plus de la remasterisation haut de gamme, que du remake pur et dur. Et à 80 €, c’est non.

Metal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : KonamiMetal Gear Solid Delta: Snake Eater // Source : Konami
Oui, Metal Gear Solid Delta: Snake Eater est beau // Source : Konami

Heureusement qu’il reste à Metal Gear Solid Delta: Snake Eater son histoire époustouflante — en omettant certains moments cringe (la patte Hideo Kojima). Elle ancre ses rebondissements et ses enjeux dans un contexte emprunté à l’Histoire, nourri par de vraies archives (avec le président Kennedy, notamment). Cette quête de l’authenticité donne de l’épaisseur, de la consistance et du sous-texte à la mission de Snake, chargé de récupérer un scientifique, de détruire une arme et d’éliminer une ancienne héroïne dissidente (son propre mentor), en plein territoire ennemi, et sous fond de menace d’une guerre nucléaire sans précédent entre les USA et l’URSS. Metal Gear Solid Delta: Snake Eater mélange habilement le fictif et le réel et, pour le coup, c’est encore d’actualité. Heureusement.

Pour aller plus loin
Metal Gear Solid 2 // Source : KonamiMetal Gear Solid 2 // Source : Konami

Le verdict

Est-ce la peur de froisser monseigneur Hideo Kojima ? Est-ce la crainte d’égratigner ce qui est considéré par beaucoup comme un monument ? Qu’importe la raison, le constat est douloureux. Metal Gear Solid Delta: Snake Eater se rêve en remake cinq étoiles d’un jeu d’espionnage formidable, il se heurte à sa fidélité aveugle envers l’œuvre originale. Tant et si bien qu’on se retrouve avec un jeu beau comme un jeu de 2025, mais vieux comme un jeu de 2005.

Metal Gear Solid 3: Snake Eater mériterait une réinvention bien plus importante, notamment dans ses mécaniques et son gameplay. La déception est d’autant plus immense que le titre d’Hideo Kojima peut toujours s’appuyer sur une immense force : son histoire captivante, vécue par un casting de personnages incroyablement charismatiques.

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