Fisker a fait faillite, mais ses SUV électriques roulent encore. À New York, une société de location a flairé le bon coup et a racheté des milliers d’exemplaires bradés. Coup de génie ou de folie ?
Fisker se rêvait en un nouveau Tesla. L’histoire a néanmoins tourné court. Alors que l’entreprise livrait ses premiers véhicules en Europe et aux États-Unis, c’est surtout la faillite qui a fait parler d’elle. Sur le papier, son SUV électrique Ocean avait pourtant pas mal d’arguments pour séduire, mais comme souvent avec les start-ups trop ambitieuses, la réalité a vite repris le dessus : gestion financière catastrophique, rappels en série, logiciel buggé… Le rêve californien a tourné à la mauvaise blague pour les premiers acquéreurs qui ont fait confiance à la jeune marque.
Avec la faillite, un stock composé de milliers de véhicules invendus s’est retrouvé sur les bras du liquidateur. Ce qui fait le malheur des uns peut faire le bonheur des autres. Du côté de New York, une société de location pour VTC voit une drôle d’opportunité dans ces véhicules à prix cassé. C’est ainsi qu’American Lease va acquérir 2 800 Fisker Ocean et l’accès au code source du logiciel embarqué. Grâce à un article de Bloomberg, on en découvre plus sur les coulisses de cette histoire.
Le pari culotté d’American Lease
Au départ, rien ne prédestine les Fisker Ocean à envahir les rues new-yorkaises. La ville impose désormais une électrification accélérée de ses VTC avec le programme Green Rides : zéro émission obligatoire d’ici 2030. American Lease avait tout intérêt à remplir son parc de SUV électriques, mais les voitures électriques vendues sur le marché américain coûtent cher. L’entreprise a même envisagé de racheter des Tesla d’occasion à Hertz.

C’est finalement une alternative encore plus osée qui va faire mouche. Alors que des dirigeants d’American Lease déjeunent ensemble, ils commentent la revente de la villa personnelle d’Henrik Fisker à prix astronomique, bien supérieur à la valorisation de l’entreprise Fisker. De là, Josh Bleiberg, vice-président exécutif d’American Lease, déclare au débotté : « Tant pis ! On rachète Fisker. »
À défaut d’acheter réellement le constructeur, American Lease va racheter environ 2 800 véhicules invendus de la marque. Le stock représente un investissement de 40 millions de dollars pour American Lease, soit environ 16 000 dollars par véhicule. Certains sont en parfait état de fonctionnement, d’autres, pas forcément entiers, serviront de banque d’organes pour les réparations à effectuer sur la flotte de VTC. Ces Fisker Ocean sont ensuite loués 330 dollars par semaine aux chauffeurs, pour qui il s’agit souvent du premier véhicule électrique. Environ 1 000 Fisker Ocean circulent dans les rues de New York.
Des SUV orphelins… mais qui roulent
Ce qui frappe, c’est que malgré le lancement chaotique, les Fisker Ocean roulent sans trop de problèmes pour les chauffeurs. Il y a cependant quelques caprices du véhicule pour lesquels les chauffeurs s’échangent des astuces :
- Éviter d’utiliser le « California mode » (descente de toutes les vitres, y compris celle du coffre), car elles refusent parfois de remonter.
- Se méfier de la caméra de détection de la vigilance du conducteur qui peut faire passer le véhicule en position P si le chauffeur se retourne vers les clients.
- Se montrer patient avec le plafonnier qui se prend parfois pour un stroboscope.


Pour les chauffeurs, l’affaire n’est pas si mauvaise. Le Fisker Ocean reste un SUV confortable, spacieux, avec une autonomie suffisante pour tenir la journée de travail. Et surtout, les clients apprécient de voyager dans un véhicule qui ne ressemble pas à une Toyota Prius.
À terme, le destin de ces Fisker ne fait guère de doute. Les SUV devraient survivre 4 ans au maximum, le temps d’atteindre de « 240 000 km à 320 000 km » estime Josh Bleiberg (VP exécutif d’American Lease), avant de rejoindre le cimetière des curiosités automobiles. Il s’inquiète cependant un peu de la manière dont les véhicules vont passer le premier hiver new-yorkais, notamment en matière d’accrochages. Il espère avoir assez de pièces de rechange pour réparer.
Le nerf de la guerre : le logiciel embarqué
En plus du stock de véhicules, American Lease a négocié le code source du logiciel interne des véhicules. L’objectif pour la société de location était d’être en mesure de faire des mises à jour ou de corriger des bugs, après le départ des derniers ingénieurs de Fisker.
Pour éviter la panne logicielle fatale, American Lease a confié la maintenance à une startup spécialisée, indiGO Auto Group, qui bidouille les logiciels et fournit les correctifs nécessaires pour garder les SUV en vie. En clair, Fisker est mort, mais son fantôme numérique continue d’être patché à coups de mises à jour artisanales.
Des mises à jour dont bénéficient aussi les particuliers ayant fait le choix d’un Fisker Ocean (et qui ne l’ont pas encore abandonné). American Lease servait d’intermédiaire entre l’association des propriétaires de Fisker et IndiGO, mais finalement une autre solution a été déployée.
Au final, ces SUV orphelins auront fait ce que Fisker n’a jamais réussi à accomplir : rouler massivement en conditions réelles, dans l’une des villes les plus emblématiques des États-Unis. Et rien que pour ça, l’histoire mérite d’être racontée et suivie.

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