Sur Vinted, de plus en plus de photos de vêtements proposés à la vente n’existent pas. Elles sont générées par l’intelligence artificielle (IA) et pullulent en toute impunité sur la plateforme.
C’est une jupe longue qu’on n’aurait même pas osée rêver dénicher en friperie.
Longue et à la coupe flatteuse, à motifs imprimés de style bohème, n’importe quel Vintie (surnom donné aux utilisatrices et utilisateurs de Vinted) se serait rué sur l’affaire.

Problème ? Si une certaine Callie711 qui la porte la vendait au prix de 42,60 euros (l’annonce a été supprimée depuis), on la retrouve sur AliExpress pour la modique somme de… 18,89 euros. Belle marge. Et belle fashion-déception.
Car si cette jupe existe bien, celle qui la porte, en revanche, a de bonnes chances de ne pas exister. Et sa jolie chambre aux tons bruns, agrémentée de plantes vertes, de gobelets de café à emporter, et présentant un sol parsemé d’habits froissés, non plus. Ces photos, comme celles des 333 autres articles qu’elle a mis en vente, ont sûrement été générées par une intelligence artificielle (IA).
« Tout l’inverse de l’esprit de la seconde main ! »
Ce nouveau type d’arnaques boostées à l’IA envahit dangereusement la plateforme lituanienne. L’un des premiers à les avoir dénoncées, c’est le créateur de contenu Johan Reboul, alias lejeuneengage sur les réseaux sociaux. Dans une publication du 22 juillet 2025, il pointe du doigt ces démarches trompeuses qu’il qualifie de « publicité mensongère » et de « dropshipping ».
Non seulement ces photos d’articles se révèlent inauthentiques, mais en plus, elles font passer des vêtements issus de l’ultra fast-fashion pour des pièces vintages.
Une démarche qui paraît donc en totale opposition avec celle de la plupart des internautes, qui utilisent la plateforme pour tenter d’avoir une consommation plus responsable. « Je m’en suis aperçu il y a quelque temps, j’ai désinstallé l’appli, confie un ancien Vintie sous la publication TikTok de Johan. Si je veux de la seconde main, j’irai faire les puces, fripes, etc.»


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Plus loin, un autre s’indigne : « Et en plus de tromper le consommateur, ces photos générées par IA ont un impact environnemental désastreux… tout l’inverse de l’esprit de base de la seconde main ! »
Des indices qui ne trompent pas
Comment continuer à profiter de Vinted sans tomber dans le panneau ? Johan donne plusieurs signaux d’alerte : si, d’une photo à l’autre, ou d’un article à l’autre, la personne qui le porte change, c’est mauvais signe. Idem pour le lieu où elle pose : si la chambre passe par un relooking digne de D&Co d’image en image, il y a de fortes chances pour qu’elle n’existe pas.
Au moindre doute, conseille-t-il, le mieux reste de prendre une capture d’écran de l’article mis en vente et de l’importer sur Google Lens (ou Yandex, cela marche aussi) pour vérifier son authenticité.
Le cas de Callie est un bon exemple : quand on observe ce qu’elle propose, cela devient vite louche. D’une photo à l’autre, sa table de nuit change de pieds, son parquet laisse sa place à un carrelage, puis une moquette, son ficus se métamorphose en monstera… Soit Callie est obsédée par la déco d’intérieur, soit elle n’existe pas. Et ce n’est pas trois fringues roulées en boule dans un coin de l’image qui convaincront quiconque du contraire.


Le meilleur réflexe à avoir pour distinguer le vrai du faux reste de comparer attentivement les photos à la recherche de la moindre anomalie. Cela étant, une seule image peut déjà comporter en soi des éléments remarquables. Souvent, quand ils sont générés par IA, la peau et les textiles présentent un effet flouté, lissé. Aucune imperfection, cicatrice ou grain de beauté n’est visible sur la peau de la personne qui porte l’article. D’ailleurs, celle-ci est souvent représentée en train de poser dans son miroir. Alors, quand elle pose de dos, à moins qu’une personne tierce ne lui soit venue en aide… ça ne tient plus.
Autres signaux : les étiquettes ne sont jamais visibles. Du côté de la description, aucune marque n’est jamais mentionnée. Sans oublier que ces annonces alléchantes apparaissent aussi vite qu’elles disparaissent sur la plateforme : de quoi redoubler de méfiance.
On vous conseille d’éplucher les avis sur les vendeuses et vendeurs : dans le cas de Callie, des utilisatrices et utilisateurs lui reprochent de vendre des vêtements « commandés sur des sites chinois », qui viennent « de Shein », ou l’accusent carrément de « dropshipping ». Quand elle répond, sa défense ne tient pas : Callie prétend expédier elle-même ses colis et ne pas mentir sur les matériaux. Aucune mention des photos trompeuses.
Après avoir approfondi nos recherches, Numerama s’est rendu compte que ces arnaques pullulaient dans la catégorie Femmes, plutôt que dans celle réservée aux hommes, aux enfants, ou autres. Le pire : sa jupe a été mise en avant par le site lui-même, dans l’onglet Recommandé de la catégorie féminine.
En quelques clics, Numerama est tombé sur de nombreux autres comptes semblables à celui de Callie :
Océane, dont la chambre se transforme à chaque photo et qui revend pour près de 47 euros une robe qu’on retrouve à seulement 9 euros sur Shein.


Mave et sa robe Shein d’une valeur de 12 euros qu’elle revend pour plus du double sous la marque Arléone (mais « Négociation possible » !).


IArnaque ou non ?
Une fois qu’on a repéré une photo générée par l’IA, que peut-on faire ? C’est flou. L’intelligence artificielle n’est pas mentionnée dans les règles de catalogue de Vinted ; seules les images « provenant d’Internet ou de banques d’images » y sont explicitement interdites.
Contactée par Numerama, Vinted affirme ne pas avoir constaté d’augmentation de volume d’annonces dopées à l’IA sur sa plateforme.
Elle avance que « cet usage n’est pas interdit en soi, tant qu’il respecte nos conditions générales et ne nuit pas à la transparence sur la condition de l’article. […] En revanche, les usages frauduleux, incluant des annonces trompeuses ou la mise en ligne de biens inexistants, sont strictement interdits et font l’objet de mesures concrètes, pouvant aller jusqu’à la suppression d’annonces ou le blocage du compte. »
Mais les Vinties semblent désapprouver cette déclaration : sous la publication de Johan, une utilisatrice fait observer qu’elle « [avait] signalé une fois, [mais que] Vinted a répondu que ça ne violait aucune règle… je suis désolée, mais si. On ne sait pas si le vêtement existe ni s’il est en bon état. Ce n’est pas une photo du vrai vêtement, c’est n’importe quoi. »
Si jamais vous vous faites avoir par une annonce trafiquée par IA et que le produit est différent de celui sur la photo, Vinted nous a affirmé qu’il était possible de faire appel à sa Protection Acheteur, qui « permet notamment un remboursement dans ce type de situation. »

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