Un an de grimpe avec l’Apple Watch Ultra : la montre ultime pour l’escalade ?

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L’Apple Watch Ultra a été présentée comme une montre connectée de baroudeurs. Plusieurs images du keynote d’introduction ont montré des alpinistes et des grimpeurs, pratiquant l’escalade. Mais la montre d’Apple est-elle adaptée à la pratique de ce sport ? Nous l’avons testée pendant un an, en extérieur et en salle. Notre verdict.

En septembre 2022, Apple a ajouté une déclinaison Ultra à sa gamme de montres connectées. Les Apple Watch étaient déjà devenues des références parmi les sportifs et sportives, en particulier sur des exercices cardio (course, vélo, natation…), et l’Apple Watch Ultra souhaitait investir un tout nouveau secteur : celui des sports dits « extrêmes ». Je me souviens de la vidéo de présentation de ce couteau suisse outdoor, dans laquelle on voyait principalement trois activités — l’ultratrail, la plongée et la montagne.

Étant moi-même un pratiquant de sports montagneux, principalement en randonnée alpine et en escalade depuis une quinzaine d’années maintenant, cette évolution de la montre phare d’Apple a titillé ma curiosité. Subjectivement, je la trouve plus jolie que ses consœurs normales et j’apprécie les boutons physiques et les systèmes d’urgence en cas de pépin (boussole, satellite, alarme…).

En revanche, avant l’Ultra, je n’ai jamais été convaincu plus d’un mois par une Apple Watch. Elle a toujours fini par être éteinte à mon poignet et abandonnée sur un bureau. C’est donc en partant avec un a priori négatif mais une réelle envie de voir ce qu’elle avait dans le ventre que j’ai mis cette Apple Watch Ultra à mon poignet en juin 2024. Il me fallait savoir si l’alpiniste dans la vidéo d’Apple était un acteur ou un véritable aventurier.

La pub Apple lors du lancement de la première Watch UltraLa pub Apple lors du lancement de la première Watch Ultra
La pub Apple lors du lancement de la première Watch Ultra // Source : Apple

Apple Watch Ultra : les conditions de ce test longue durée

Je me suis surtout basé sur mon sport d’aventure favori pour ce test longue durée en extérieur : l’escalade. En un an, avec la montre au poignet chaque jour, j’ai eu le temps d’accumuler une expérience honnête. Je l’ai portée en couenne (voie d’une longueur) aux Falloises de Vertus, au Viaduc des Fauvettes, à Saffres, sur les falaises Soubeyranes et plus récemment à la Falaisia de Lantana en Lombardie. Chaque sortie, j’ai grimpé plusieurs centaines de mètres.

J’ai aussi porté l’Apple Watch Ultra dans des formats plus aventures et plus longs : trois magnifiques grandes voies au Cap Canaille à Marseille, trois autres au Baou de Saint-Jeannet du côté de Nice. Ces sorties en grande voie, jusqu’à plus de 200 mètres en une fois, ont d’autres exigences et se couplent la plupart du temps à de la randonnée et des bouts d’alpinisme en sortie. Ce sont des courses plus exigeantes mentalement que des voies sportives traditionnelles. Plus anecdotiquement pour l’exercice, la Watch m’a accompagnée dans toutes mes randonnées, des sommets de Madère aux Calans dans les Alpilles.

Pour pousser l’expérience au maximum et tester la résistance de l’engin à des matériaux non naturels, j’ai aussi porté la Watch Ultra dans toutes les séances indoor, en club ou dans des salles privées, en voie comme en bloc. En un an, j’en compte près de 150.

Explicite // Source : Photos NumeramaExplicite // Source : Photos Numerama
Explicite // Source : Photos Numerama

Une Apple Watch au poignet pendant que je grimpe, sérieusement ?

Ma première crainte à l’usage était l’inconfort d’avoir une montre au poignet dans une discipline qui demande quand même une grande mobilité au niveau des membres supérieurs. Je n’aime pas trop m’encombrer ou risquer d’être gêné dans un mouvement, surtout dans un sport où, parfois, les erreurs ne sont pas permises.

Toute cette année, j’ai utilisé la boucle Alpine orange en bracelet, pour sa couleur iconique très typique du matériel de montagne (on le repère de loin) et pour sa conception. On ne la trouve plus sur l’Apple Store, mais Amazon propose quelques copies. Le bracelet s’attache solidement, avec de nombreux créneaux possibles et s’ajuste pendant l’effort sans risque de perdre la montre. Avec la chaleur et l’effort, les avant-bras gonflent et il n’est pas rare que je change de taille en quelques secondes. Le petit plus, c’est que le bracelet n’est pas totalement rigide : sa très légère élasticité ne vous compresse jamais vraiment.

Sur un mouvement classique d'extension, la Watch peut se retrouver entre la paroie et une partie du corps. Ce n'est heureusement pas gênant, ni douloureux.Sur un mouvement classique d'extension, la Watch peut se retrouver entre la paroie et une partie du corps. Ce n'est heureusement pas gênant, ni douloureux.
Sur un mouvement classique d’extension, la Watch peut se retrouver entre la paroie et une partie du corps. Ce n’est heureusement pas gênant, ni douloureux. // Source : Numerama

Résultat, après quelques séances où j’étais conscient d’avoir une montre au poignet, j’ai fini par l’oublier. C’est un point très positif, parce que cela ne m’était jamais arrivé, dans aucun sport, de tolérer du superflu sur moi. Le fait qu’elle soit aussi parfaitement ajustée ne me fait pas peur en escalade, où il est recommandé d’enlever bijoux et alliances : une mauvaise chute au mauvais endroit peut sectionner un membre. Je n’ai jamais eu un début d’appréhension avec ce bracelet et la Watch en général.

Et ça, c’est aussi parce que j’ai complètement fait la paix avec un autre point : les rayures.

L’Apple Watch Ultra résiste-t-elle aux aléas de la nature ?

Apple a vanté sa montre comme la plus résistante jamais conçue par la marque. Je veux bien le croire, mais la réalité est en fait plus nuancée que la publicité. Il faut en effet se faire à l’idée que l’Apple Watch Ultra est vouée à être rayée et apprécier cette manière de vieillir l’objet. En escalade, il est fréquent de changer de position des mains, d’être complètement collé contre un mur ou d’avoir un geste à faire demandant une rotation complète du poignet : oui, la Watch a fini plusieurs dizaines de fois face à la paroi. Et même, sur la paroi, avec de bonnes séquences de frottement contre la roche.

L'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour NumeramaL'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour Numerama
L’écran est clean // Source : Robin Wycke pour Numerama

Le résultat, c’est qu’en un an, elle a résisté. L’écran est nickel et il faut vraiment l’orienter et l’éteindre pour voir les rayures d’usure. À l’usage, je ne vois aucune différence. Le boîtier en revanche, a pris un peu plus cher. Malgré le titane, tout le bord est scratché, avec de petites rayures partout et des entailles dans les endroits les plus sévèrement en contact avec la paroi. Plusieurs fois, j’ai cru qu’un choc l’avait amochée, mais rien. Ces rayures n’entravent en rien le fonctionnement de la montre. Notez également que l’usage indoor, dans les salles qui combinent des murs aux revêtements proches du papier de verre et des prises en résine, a plus fait souffrir la montre que le caillou.

L'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour NumeramaL'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour Numerama
Le boîtier est rayé, mais pas cassé // Source : Robin Wycke pour Numerama

Une fois la barrière psychologique de la première rayure passée, je dois avouer que j’aime bien le vieillissement de l’objet. Il ne faut pas trop le considérer comme une montre qu’on passera à ses enfants en héritage, mais un produit technologique robuste qui n’a pas la laideur des équipements « renforcés ». Et qui, mine de rien, n’est pas si grand : les modèles haut de gamme de Suunto, Garmin, Polar ou Coros sont énormes et moins élégants qu’une Watch Ultra. Il m’arrive d’ailleurs fréquemment de passer un bracelet métallique pour habiller la montre pour une occasion, ce qui ne serait pas possible avec une montre dédiée outdoor.

L'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour NumeramaL'Apple Watch Ultra est-elle suffisamment solide pour les sports outdoors ? // Source : Robin Wycke pour Numerama
La boucle est robuste, même rayée // Source : Robin Wycke pour Numerama

Et ça sert à quelque chose en escalade une Apple Watch Ultra ?

Si j’ai aimé la porter et qu’elle a résisté aux sévices de l’activité, reste une question centrale : est-ce que l’Apple Watch a un intérêt en escalade ? La réponse ne sera pas binaire, puisqu’elle dépend de ce que vous cherchez. Mais je peux affirmer sans mal qu’on est quand même encore très loin de ce que l’Apple Watch pourrait offrir aux grimpeurs et alpinistes.

Déjà, il faut savoir que si Apple a mis en avant la montagne et l’escalade dans ses spots publicitaires, l’application Exercices n’a qu’une section vide pour la grimpe. Pour ainsi dire, elle ne mesure RIEN de ce qu’elle pourrait mesurer. Lancer une session d’escalade permet simplement de mesurer le temps passé pendant l’activité et les calories brûlées. Vous ne pouvez même pas choisir la discipline que vous pratiquez, c’est dire à quel point Apple n’a pas pensé son logiciel pour la pratique de ce sport, pourtant mis en avant.

Les montagnes, c'est cool, les apps pour la montagne, c'est encore mieuxLes montagnes, c'est cool, les apps pour la montagne, c'est encore mieux
Les montagnes, c’est cool, les apps pour la montagne, c’est encore mieux // Source : Apple

Heureusement, un écosystème de développeurs existe et deux applications font plutôt bien le taf : Redpoint et Pinnacle. Les deux partagent une base commune : vous pouvez choisir la discipline pratiquée et renseigner les voies que vous réussissez, afin de garder une trace de votre évolution ou de vos exploits, dans le système de difficulté que vous voulez. Les deux applications ont un pendant sur iPhone qui vous permet de journaliser vos activités et une connexion (aléatoire) à Strava pour exporter vos exploits. Elles ont aussi quelques goodies, comme la possibilité de noter si vous avez travaillé une voie ou si vous l’avez réussie du premier coup (ou ratée).

Les deux ont en revanche un gros défaut (au-delà du fait que leurs développeurs ne les maintiennent pas suffisamment, vu la niche assez faible à laquelle ils s’adressent).

L'application Redpoint // Source : Captures d'écran NumeramaL'application Redpoint // Source : Captures d'écran Numerama
L’application Redpoint // Source : Captures d’écran Numerama

Redpoint marche sur abonnement et vous devrez donc payer beaucoup pour pas énormément d’intérêt. Elle a l’avantage de réussir à sauvegarder l’altitude parcourue en se basant sur les capteurs de la montre et c’est plutôt précis (moins en bloc qu’en voie), sauf en grande voie où elle ne comprend pas que vous ne retourniez pas à votre point de départ (le sol). Pinnacle est un achat unique, ce qui est chouette, mais le développeur ne veut pas entendre parler de capteurs d’altitude (nous lui avons demandé) qu’il juge trop imparfait… et vous devez donc appuyer sur la cotation de la voie à chaque fois que vous la terminez. Avantage : en grande voie, cela reste le même manège, il suffit de toucher la cotation de la longueur terminée.

Redpoint garde tout de même une killer feature en bloc ou en voie, qui est de vous laisser tranquille et d’enregistrer vos ascensions seule.

L'application Pinnacle // Source : Capture d'écran NumeramaL'application Pinnacle // Source : Capture d'écran Numerama
L’application Pinnacle // Source : Capture d’écran Numerama

En clair, aucune app n’est parfaite (celle d’Apple est même ridicule) et j’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi aucune ne corrige ses défauts pour devenir le couteau suisse idéal du grimpeur. En localisant les spots ou les salles pour garder un vrai journal de grimpe, cela serait le rêve. L’application Grippy, fondée sur l’entraînement sur poutre que j’utilise aussi avec une poutre connectée est carrément mieux faite, mais pas du tout pour le même usage. Et pas sur la Watch.

Avec une montre capable de mesurer des différences de niveau en centimètre, équipée d’un GPS et d’un accéléromètre, on pourrait potentiellement avoir une killer feature pour l’escalade. Je l’attends toujours (et pour avoir grimpé avec des amis équipés de montres d’autres marques, l’interface des concurrentes pour l’escalade n’est pas forcément mieux, sans parler du reste de l’écosystème Apple Watch qui a un cran d’avance).

Comme avec la plongée, qui a des apps natives dédiées, Apple pourrait investir sérieusement d’autres sports au lieu de se limiter à la course, la marche, la natation et le vélo. En tout cas, tout est déjà techniquement présent au niveau matériel : il manque le logiciel pour l’exploiter.

Bilan : un an avec une Apple Watch Ultra pour grimper, je continue ou j’arrête ?

Malgré ces limites, je suis assez certain de continuer à utiliser la montre pour l’escalade. D’une part, parce que cela me permet d’enregistrer toutes mes activités sportives sur Strava et HealthKit, et pas uniquement le vélo, la randonnée et la course, même avec peu d’informations. D’autre part, parce que je suis capable de suivre plus finement ma progression et mes sorties, ce qui est au fond un peu la base du sport connecté quand on n’est pas un athlète de haut niveau. En cela, le besoin est comblé et l’Apple Watch est au-dessus du lot, même pour l’escalade (aucune montre n’en a fait une priorité, même chez les marques outdoors).

Enfin, parce que l’Apple Watch Ultra n’est pas qu’une montre de sport, c’est aussi un outil, un OS et un écosystème d’applications inégalé. De la même manière, en escalade, malgré ses défauts, c’est probablement la meilleure option, tant que les grands de l’outdoor ne sortiront pas un modèle dédié.

En revanche, je regrette de ne pas trouver une exploitation plus fine des possibilités de la Watch Ultra. J’ai vraiment eu espoir en voyant le lancement de la montre, mais Apple n’a rien fait évoluer côté montagne sur sa deuxième génération et l’écosystème dédié n’a que peu bougé. Peut-être pour la version 3 ? Je garde espoir : vu l’explosion de l’escalade en salle en France et dans le monde, il est possible que les priorités changent avec cette nouvelle clientèle urbaine.

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