Chine, Californie, Europe… et si la vraie révolution du marché de la voiture électrique se jouait loin de nos radars européens ? Dans l’éditorial Watt Else du 14 août, je vous emmène dans un voyage virtuel des pays qui bougent, parfois plus vite que l’Europe, sur la voiture électrique.
Il est probablement temps de bousculer quelques clichés. Dans l’imaginaire collectif, la révolution électrique se joue en Norvège, en Californie ou en Chine, parce que ces territoires ont osé les premiers. Pendant ce temps, bien des pays en développement avancent déjà plus vite que l’Europe dans la transition énergétique. Ils n’ont pas attendu que le Vieux Continent décide si, oui ou non, la voiture électrique était une alternative viable. Ces marchés, jugés trop petits pour attirer l’attention au départ, sont pourtant en train de créer une lame de fond que nous aurions tort d’ignorer.
Comment ça, l’Europe n’est pas le centre du monde ? Je dois bien l’avouer, on aime se regarder le nombril, pensant que le marché de l’automobile ne serait pas ce qu’il est sans nous. Sauf qu’en matière d’électrique, notre marché ressemble de plus en plus à un vieux mammouth essoufflé.
Les croissances les plus rapides ne se jouent pas chez nous, mais dans des pays qui n’apparaissent jamais dans les présentations des consultants en mobilité : Thaïlande, Vietnam, Turquie, Indonésie, l’Argentine ou le Brésil… et même des « micro-marchés » comme le Népal, Djibouti ou l’Éthiopie, où la part des VE explose. Et devinez qui occupe déjà le terrain ? Les constructeurs chinois.

Des petits marchés, mais plus agiles
Ces pays, sans patrimoine industriel lourd, avancent vite : pas d’usines centenaires à sauver, pas de réseaux de distribution verrouillés, pas de réglementations absurdes ou de lobbies étouffants. Les gouvernements peuvent aller droit au but, accompagnés d’incitations fiscales, sans se heurter à la montagne d’inertie qu’on observe en Europe ou aux États-Unis où la voiture est classée « monument historique ».


Du moins en apparence. Car l’Éthiopie, l’un des premiers pays à interdire l’importation de véhicules thermiques dès 2024, n’a pas anticipé la question de l’infrastructure de recharge. Ce qui complique sérieusement le projet initial, mais les transitions rapides ne sont jamais sans casse. On peut aussi citer le Népal, où déjà 76 % des voitures neuves sont électriques (et essentiellement chinoises). Le gouvernement vise le 100 % d’ici à 2031.
Je vous avais également déjà partagé mon observation de la mutation qui s’opérait aussi en Thaïlande. La progression de la voiture électrique y est flagrante, même si le rythme ralentit un peu. Les acheteurs continuent de s’orienter en nombre vers les voitures électriques (chinoises) au coût de possession avantageux.


Au Vietnam, le changement est assez similaire. Néanmoins, c’est le constructeur local Vinfast qui y rafle la mise. Comme dans beaucoup de ces pays, il n’y a pas eu de transition progressive : certains acheteurs sont passés directement d’un scooter ou d’une thermique modeste à la voiture électrique, comme en Chine.
L’Amérique latine non plus n’est pas en reste. Au-delà du Brésil qui attire bien des convoitises, d’autres pays comme l’Argentine, le Chili ou la Colombie entament leur transition et sont déjà prometteurs. Une marque a particulièrement su saisir cette opportunité : BYD, qui fait de l’Amérique latine son deuxième plus gros marché de véhicules électrifiés, devant l’Europe.
L’Europe plus engluée dans le pétrole que le Moyen-Orient
Difficile d’imaginer que la part de marché de l’électrique en Turquie atteint 17,4 % au premier semestre 2025, soit quasiment l’équivalent de la France (17,6 %) et plus du double de l’Espagne. Cela représente environ 86 000 voitures électriques en six mois, dominées par Tesla et Togg (le constructeur local qui devait conquérir l’Europe).


Et ce n’est pas un cas isolé dans la région. Même au sein des pays exportateurs de l’OPEP, la voiture électrique se fait une place, et ce n’est pas qu’un caprice éphémère. Aux Émirats arabes unis, 10 % des voitures importées en 2024 étaient électriques, et le gouvernement veut accélérer encore. Le Qatar, l’Iran et l’Arabie saoudite suivent timidement, même si cette dernière investit dans des usines dédiées sur son territoire.
Plus à l’est, en Inde et au Pakistan, où une part énorme de la facture du commerce extérieure est plombée par le pétrole, la voiture électrique pourrait devenir une question de survie économique et de souveraineté énergétique. Ces pays n’hésitent pas à bousculer l’ordre établi pour réduire leur dépendance. Moins de pétrole importé, moins de devises qui s’envolent, plus d’indépendance énergétique.
Pendant ce temps-là, l’Europe tergiverse, engluée dans ses débats, attendant peut-être le retour de l’ère glaciaire.
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